Le Raid 28 vécu par l'équipe JDM : Reportage Dominique Fayoux.

Allons, une fois n'est pas coutume (...), c'est le rédacteur gazettal qui s'y colle à raconter son aventure parce que figurez vous que j'en faisais partie de cette fameuse équipe JDM n° 12 qu'est arrivée 12ème. Nous partageons ce privilège des nombres avec l'équipe n° 01 qui est arrivée première, excusez du peu ! Bref, je vous passe les préparatifs qui restent secrets car considérés comme confidentiels au cas où y'en aurait qui voudraient nous doubler lors des prochains raids, mais cela nous a quand même conduit à nous geler et nous tremper dans la nuit et les forêts avoisinantes en dépit des arbres chancelants et des interdictions communales. En tous cas, une fois que chacun avait résorbé ses grippes, angines et gastros consécutives à tout ça, il nous restait environ deux jours avant la course. Le 15 au soir et le matos revu et corrigé, nous voilà partis après un dîner glucidique mais néanmoins excellent (sinon mémorable) vers Chartres, chef-lieu de canton de la Beauce, placé à l'écart des grandes routes touristiques mais qui possède un certain charme méconnu, notamment pour sa typique petite église de village. Là, une ambiance de fête nous attendait malgré une température de disparition de dinosaures, au son de notre fanfare locale préférée déplacée pour l'occasion et de l'animation musclée des potes de Turoom. Après les derniers réglages (un raider, c'est technique comme une formulin, mon gars) dans la chaleur des voitures (ils chauffent bien les pneus en formulin, non ?), nous voilà affublés de torches enflammées (ça réchauffe pas) et en partance à minuit pile vers une destination inconnue dans un bel ensemble lumineux que les pékins locaux insomniaques ne sont pas près d'oublier (après la tempête, les zombies !). Quatre kilomètres plus loin, arrivée de cette petite marche de mise en jambes à Lèves, mégalopole régionale qui possède une boîte de nuit et un gymnase célèbre pour avoir accueilli l'arrivée du Raid 28 en 1999. Là, repos jusqu'à 1h30, heure du grand départ après diffusion des cartes et indications du parcours (les pros disent roadbook). Débandade générale dans les équipes, chacune faisant semblant d'appliquer une stratégie mûrie et raisonnée. Nous, on est resté par terre à regarder par où on pourrait bien passer pour faire semblant de pas se perdre et puis il a fallu partir sous peine de s'endormir. A la sortie du gymnase, ça caillait fort et on s'est surpris à courir pour pas congeler. En fait, on a continué pendant toute la journée parce que ça s'est jamais réchauffé (pourquoi y font pas ça en été chez Turoom). Donc, visite nocturne de la banlieue suburbaine de Lèves en direction d'une voie ferrée désaffectée (sauf pour les piétons visiblement). Là, les équipes allaient encore toutes dans le même sens (plus tard, on n'a rien compris au sens de l'orientation de certaines, on finissait même par avoir des doutes sur le nôtre). Si certains parmi vous n'ont jamais couru sur le ballast avec de gros cailloux roulants et instables pendant de (trop) nombreux kilomètres, nous organisons des stages de compassion. Tout ça pour chercher un foutu losange d'où pendouille une pince à poinçonner une feuille de papier précieuse, preuve de notre abnégation, de notre détermination, de notre rage de vaincre, de notre sens de la perfection et de notre je sais à quoi vous pensez... Après, ça devient glauque dans nos souvenirs, chemins, arbres, sentiers, balises (nom savant du losange), arbres, chemins, routes, barbelés, balises, boue, collines, terre gelée, rivières, balises. Et puis détresse : on trouve pas la n°6 !, nous voilà en recherche désespérée dans les branchages, les troncs abattus, les franchissements de ruisseau, elle devrait être là, on n'est pas fous ! nos IGNophiles et as de la boussole de surcroît sont formels : cherchez, elle est là. Ben non, c'est Patrick qui s'est gouré, il le fera savoir sur Internet quelques jours après, il était bourré quand il a calculé la distance et le losange maudit était largement plus loin. C'est pas grave, Patrick, on te pardonnera en 2052, c'est juré. Donc on abandonne parce qu'il faut pas louper le passage obligatoire de l'autre coté de la nationale 10 avant 7h (mais oui, il fait toujours nuit) dit notre capitaine à laquelle on obéit avec passion, parce qu'y faut vous dire que notre capitaine c'est Emmanuelle et quand Emmanuelle nous parle...

Non, on ne rêve pas, il est 6h30 et nous devons traverser l'autoroute par dessous, le long d'un tunnel où coule une rivière, il fait -2°C à l'extérieur, l'eau monte en haut des cuisses et la balise est au milieu du tunnel. Pas d'alternative possible, quelques jurons bien choisis néanmoins à l'attention des organisateurs (on a beaucoup parlé de toi, Patrick) et nous sortons transis de ce goulet avant de nous rendre compte qu'il faut tout recommencer un peu plus loin, sous la nationale 10 cette fois mais toujours dans la Voise qui n'est pas plus chaude malgré une position légèrement plus au sud. Et nous voilà heureux d'être passés à ras la barrière horaire, mais trempés (floc) dans une atmosphère de haut de frigo et donc condamnés à courir de plus belle sans repos pour ne pas glaçonner trop vite. Bientôt le jour se lève sur la Beauce où souffle un joli vent de nord-est qui cherche à nous voler les dernières calories encore cachées au bout de nos doigts.C'est plat la Beauce, et nous voilà arpentant une nouvelle voie ferrée, sauf que celle-là n'est pas désaffectée, puis il nous faut rejoindre les bords de la voie TGV. A priori, c'est pour distraire les coureurs, enfin ceux qui restent, car sinon c'est la vue des vastes étendues de champs gelés qu'il nous aurait fallu supporter pendant de nombreuses heures. Alors le TGV, ça fait un bruit d'enfer, la première fois on a peur, la deuxième on se dit qu'on est courageux et après on cherche à gérer l'angoisse. Dans certaines courbes, on se dit qu'on va en prendre un en pleine poire et qu'on pourra même pas grimper aux arbres, vu qu'ils sont par terre. Sérieusement, les TGV ça va à 300 km/h et ça se suit toutes les 10 minutes, mais comme nous on court à environ 9 km/h, on les rencontre toutes les 9 minutes 42 secondes et 52 centièmes (voilà, c'est ça gérer l'angoisse). Comme je vois que l'angoisse commence à vous prendre à la lecture de ce récit, je vais vous laisser la gérer à votre tour : quel est le temps qui séparent les TGV qui viennent de Nantes lorsqu'ils nous rejoignent, toutes allures égales par ailleurs. Envoyez-moi vos réponses, on ne publiera pas les résultats. C'est vers 11h du matin qu'on commence à se dire qu'on est plus fatigués qu'à la suite d'un JDM moyen et qu'en plus le repas dominical ne sera constitué que des mêmes saloperies de barres de céréales, de pain d'épice, de raisins secs que l'on mange scrupuleusement depuis la nuit. Alors, miracle, quelqu'un (mais c'était prévu) sort des gâteaux apéritifs (on vous donnera pas la marque, Belin les fait rien que pour nous), c'est bon, c'est salé, ça croque sous la dent, on oublie même qu'il n'y a pas les pastis, whisky et rhum rituels qui sont notre ordinaire quand on ne court pas. Pour la deuxième barrière horaire (là, on est beaucoup plus en avance), ils nous ont fait ça dans une maison de retraite, probablement pour montrer que notre démarche n'est plus aussi souple et élancée qu'au départ. En même temps, on renoue avec les collines et les vallons et ça fait un peu plaisir, parce que la Beauce... A partir de là, c'est la galère, le pied de Daniel ne lui répond plus que par des piques de douleur, il a hésité à abandonner mais a tenu à ne pas lâcher la course et nous lui en serons toujours reconnaissants, car même avec un ralentissement de l'allure, nous avons obtenu un classement très honorable et connu un grand bonheur à l'arrivée. Philippe et Aurélie nous avaient rejoint à Saint Jean de Beauregard et quelques copains du JDM sont venus à notre rencontre avant Ulis 2. La joie et la rage de vaincre une équipe qui nous devançait nous a amené à courir tous à nouveau (en utilisant notre connaissance du terrain...) jusqu'à l'esplanade de la Mairie des Ulis où nous attendaient encore d'autres JDM dans une ambiance de fête.

Merci encore à vous tous, nous étions tellement heureux d'arriver dans ces conditions. Voilà, je m'inscrirai l'an prochain, cette course est magique. Pourquoi n'y aurait-il pas une deuxième équipe JDM en 2001? Avec Les Ulis Toujours, ça ferait une belle représentation des Joggeurs du Dimanche Matin, non ?